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Travailleur indépendant handicapé (TIH) : être à son compte, la liberté… ou la seule porte ouverte ?

On imagine l’entrepreneuriat comme un choix de liberté. Pour beaucoup de personnes en situation de handicap, c’est surtout la seule issue face à la discrimination à l’embauche. Et ça change la façon dont on devrait travailler avec elles.

« Être à son compte, c’est la liberté ! ». LOL. Pour moi, c’était surtout la seule porte qui restait ouverte !

La liberté, je l’ai trouvée en chemin, c’est vrai. Mais ce n’est pas elle qui m’a fait pousser la porte. Et je suis loin d’être la seule dans ce cas.

Indépendante par nécessité, pas par goût de l’aventure !

Je ne suis pas devenue indépendante par goût du risque ou par rêve de « start-up ». Je le suis devenue parce que j’étais discriminée à l’embauche.

Alors j’ai fait ce que font beaucoup de personnes en situation de handicap : j’ai créé mon propre emploi. En mars 2020. (Le timing parfait, haha.)

Ce parcours a un nom : l’entrepreneuriat contraint. On ne choisit pas l’indépendance contre le salariat. On la choisit parce que le salariat nous a fermé la porte, ou parce qu’il ne savait pas s’adapter à notre façon de travailler.

Et ce n’est pas anecdotique. Le handicap reste, année après année, l’un des premiers motifs de saisine du Défenseur des droits en matière de discrimination, notamment dans l’emploi. Quand le marché du travail se ferme, créer son activité devient une stratégie de survie professionnelle. Une stratégie courageuse, créative… mais pas toujours choisie.

Mon entreprise, c’est mon emploi

Je vais dire un truc que peu de gens disent tout haut : mon entreprise n’est pas un projet passion. Ce n’est pas un « à-côté ».

C’est mon emploi. Mon salaire. Mon loyer.

Donc quand on négocie mon devis, on négocie mon salaire.

Quand on paie à 90 jours, on décale ma fin de mois. Et au passage, entre entreprises, la loi fixe un délai de 30 jours par défaut, et 60 jours maximum après la date de facture (ou 45 jours fin de mois) quand un autre délai est négocié. Chaque facture payée en retard ouvre droit à des pénalités et à une indemnité forfaitaire de 40 €. Bref, 90 jours, ce n’est pas un usage : c’est hors la loi.

Et quand on me propose de la « visibilité » en guise de rémunération… je ne peux toujours pas la poser sur mon compte en banque. J’ai essayé, hein. 😅

Un salarié n’accepterait pas qu’on lui verse son salaire avec trois mois de retard, ni qu’on le paie en likes. Pour un indépendant, c’est exactement pareil. Sauf qu’il n’a ni CSE, ni service RH pour le défendre.

Les TIH : des prestataires, pas une « action handicap »

Les travailleurs indépendants handicapés (TIH) sont souvent perçus comme une « action handicap » sympathique. Une jolie case à cocher dans le rapport RSE, de préférence en novembre.

Alors qu’on est des prestataires. Des experts. Des entrepreneurs qui ont construit leur activité avec deux fois plus d’obstacles, et souvent deux fois plus de débrouillardise.

Cette confusion a des conséquences très concrètes. Quand on voit un TIH comme une « bonne action », on se sent autorisé à négocier plus fort, à payer plus tard, à solliciter une fois par an. Quand on le voit comme un prestataire, on le traite… comme un prestataire. Ni plus, ni moins. Et c’est tout ce qu’on demande.

Un enjeu d’intérêt général (et un vrai levier pour l’entreprise)

C’est là que ça devient une question d’intérêt général. Un TIH qui vit de son activité, c’est une personne en emploi, autonome, qui cotise et fait tourner l’économie locale.

Et pour les entreprises, ces achats comptent vraiment. Dans le cadre de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH), les achats de prestations auprès de TIH, d’entreprises adaptées (EA) ou d’ESAT peuvent être déduits de la contribution annuelle. Concrètement :

  • la déduction représente 30 % du coût de la main-d’œuvre de la prestation ;
  • elle est plafonnée à 50 % de la contribution si l’entreprise emploie directement moins de 3 % de personnes handicapées, et à 75 % au-delà ;
  • les factures doivent être réglées avant le 31 décembre pour compter sur l’année.

Petit détail qui a son importance : payer un TIH en retard, ce n’est pas seulement décaler sa fin de mois. C’est aussi, parfois, perdre sa propre déduction. 😉

Tout le monde y gagne… à condition de jouer le jeu !

Concrètement, ce qui change tout !

Pas besoin d’un plan d’action de 40 pages. Trois réflexes suffisent :

  1. Payer au juste prix, comme n’importe quel prestataire. Un devis se discute, il ne se brade pas.
  2. Payer dans les délais. 30 jours par défaut, 60 jours maximum. Pour un indépendant, un retard de paiement, c’est un loyer en suspens.
  3. Solliciter toute l’année, pas seulement en novembre. Nos compétences ne sont pas saisonnières.

Et pour vous faciliter la tâche : la semaine du 16 novembre, je vous présente des TIH de mon réseau, à solliciter… toute l’année. 😉 Suivez-moi sur LinkedIn et Instagram pour ne pas les rater.

Et si vous cherchez une intervenante pour votre organisation (conférence, formation, conseil), parlons-en. Au juste prix, et payée dans les délais, évidemment. Haha.

Tiffany Mazars